Oscar-André Simon
Paris (Montmartre),  1880-1963
Malletier-bourrelier de son état

La Naissance d'une Marque

Mes plus beaux voyages, je les ai fait à huit ans en écoutant mon grand-père me raconter les aventures de Marco Polo à la cour du grand Khan -l’Empereur de Chine- la joue collée à la toile de coton bleu ciré de la table de cuisine.

Il s’appelait Oscar-André Simon, né en 1880 à Montmartre (Paris), malletier-bourrelier de son état.

Il était mon héros, et je me disais qu’un jour aussi, je serai malletier. J’ai mis septante ans pour y parvenir.

Ma famille était un peu spéciale : mon père Paul était un ébéniste réputé dans le sud de l’entre-Sambre-et-Meuse ; ma mère Hélène était brodeuse ; mon grand-père maternel Hector était horticulteur spécialiste des roses et des chrysanthèmes, et des grainetiers venaient de Bruxelles et de Paris pour acheter ses semences ; mon oncle Fernand était marbrier et vendait ses productions dans les palais des cours européennes ; mon grand-oncle Emile était facteur d’orgues et en entretenait une trentaine dans les cathédrales et basiliques de Sainte-Waudru à Mons, jusqu’à Notre-Dame de Luxembourg. Ils étaient tous un peu musiciens, peintres, artistes et raisonnablement fous.

C’était au début des années cinquante, il n’y avait pas encore la télévision. Nous vivions ensemble, toutes générations confondues. Le soir mon frère ainé Jean -alors adolescent- jouait de la flûte traversière, mon grand-père Oscar l’accompagnait au piano. Ce n’était peut-être pas le bonheur, mais ça y ressemblait.

Parfois mon grand-père m’autorisait, après les devoirs, à venir « l’aider » dans son atelier. Ça sentait bon le cuir et l’encaustique. Il me disait en terminant la réparation d’une malle voyage pour le docteur Dropsy -notre médecin de famille- « je ne suis pas assez riche pour acheter du bon marché, ce que je fabrique ou répare servira encore aux petits-enfants du Docteur. Il avait quatre filles dont j’étais amoureux -mais en secret- car je n’avais que huit ans.

Dans cette petite bourgade des Ardennes belges, à la frontière française, j’étais comme le Petit Prince sur son astéroïde B628.

C’est seulement huit ans plus tard que mon grand-père -voyant sa fin prochaine- me fit des terribles révélations (que la famille cachait sous sa bonne conscience catholique).

Cette histoire de famille a eu son dénouement 55 ans plus tard au château de Bogard.

Mais cela est une autre histoire, dont je reparlerai le moment venu...
A suivre ...
D'un Château ...
Château de Saint-Roch à Couvin (Belgique)
Là où tout a commencé
... à l'autre
Château de Bogard à Quessoy (Côtes d'Armor - France)
le siège social actuel d'Albatros-Malletier